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Pas de murs plus hauts, mais des liens sociaux plus solides

12 octobre 2026

Anne-Ophélie Robillard, directrice générale de l’ASRSQ

Cette lettre a été publié dans Le Devoir le 14 octobre 2026.

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Chaque jour, aux quatre coins du Québec, des milliers de gestes anonymes mais cruciaux redessinent la trajectoire de vies : une intervenante qui accueille un homme à sa sortie de détention, un énième appel pour recevoir des papiers d’identité ou encore un premier chèque de paie, célébré après dix ans de mise à l’écart. Bien que ces victoires quotidiennes ne fassent jamais les grands titres, elles renforcent la sécurité de nos communautés.

Il n’y a pas de petits gestes dans le travail de réintégration sociale, car tout participe comme point d’ancrage pour relancer des vies sur des fondations plus solides. C’est pourquoi les organismes de réinsertion et les maisons de transition représentent un maillon essentiel de la sécurité publique: sans cautionner les gestes posés, les intervenant·es fournissent un appui sans jugement, une connexion et une meilleure voie pour le futur.

Cette Semaine nationale de la réhabilitation sociale représente une invitation à faire preuve d’humanité, à l’heure où plusieurs aimeraient jouer à la loi du plus fort. Tout le monde, peu importe son rôle, a la possibilité de regarder ces hommes et ces femmes comme des humains à part entière, plutôt que comme des citoyen·nes de second rang et ainsi aider la société dans son ensemble.

C’est ce que font au quotidien des milliers de personnes qui choisissent de travailler aux côtés d’ancien·nes détenu·es. Il est prouvé que l’accompagnement par les intervenant·es est la clé de voûte d’une réintégration réussie au sein de la communauté. Ce sont les liens humains qui tracent les contours d’une nouvelle vision de soi et d’un sentiment d’appartenance à la collectivité qui passe, souvent, par un nouvel emploi ou une contribution positive. Les personnes judiciarisées recommencent à se voir comme faisant partie de la société, et non plus en marge.

Au regard du contexte politique et social actuel, marqué par une importante mobilisation du milieu communautaire ainsi que des compressions administratives et budgétaires du ministère de la Sécurité Intérieure, cette Semaine revêt une importance stratégique cruciale.

Notre sécurité publique à long terme est directement liée à notre capacité de réinsertion sociale. En ce sens, nous invitons le nouveau gouvernement du Québec à faire preuve de collaboration avec le milieu et à s’émanciper d’une gestion strictement comptable et bien plus dispendieuse de la criminalité : la réhabilitation repose sur un réseau d’organismes qui nécessite un rehaussement urgent de son financement pour éviter des bris de services auprès des personnes judiciarisées.

Le filet social n’est qu’un ensemble de nœuds: un nœud seul ne retient rien, mais attachés les uns aux autres, les nœuds peuvent freiner une chute. Les organismes communautaires sont ces nœuds-là, ancrés dans leur quartier et dans leur région, assez proches pour voir quelqu’un glisser, et assez souples pour s’adapter à la personne plutôt que l’inverse. Quand on coupe un seul fil, ce n’est pas un nœud qui lâche : c’est le trou qui grandit. Et ce sont toujours les mêmes qui passent à travers. Les organismes communautaires ne laissent personne derrière, parce qu’ils savent qu’une communauté se mesure à la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables.