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Réinsertion sociale, ce que le gouvernement coûte au communautaire

Correction du 20 octobre 2025

Dans le cadre de la Semaine de la réhabilitation sociale, l’ASRSQ et 36 de ses membres ont publié une lettre dans Le Devoir visant à mettre en lumière l’apport fondamental des organismes communautaires à la sécurité publique.

Cette publication s’inscrit dans un effort collectif, en marge de la Semaine nationale de la réhabilitation sociale, pour rappeler au grand public et aux décideurs que le travail de nos membres est central à un système de justice équilibré et humain. Elle visait à reconnaître leur impact positif, mesurable, sur la réinsertion des personnes judiciarisées et à attirer l’attention sur les grands enjeux de financement auxquels ils font face. À la suite d’une communication de la Commission québécoise des libérations conditionnelles, nous reconnaissons que le paragraphe suivant, extrait de l’article, pourrait porter à confusion :

« De plus, selon la Commission québécoise des libérations conditionnelles, plus de 97 % des personnes en libération conditionnelle suivies par des organismes ne récidivent pas (2018-2019). »

En effet, cette formulation peut laisser entendre que toutes ces libérations conditionnelles sont forcément et uniquement suivies par des organismes communautaires, ce qui n’est pas le cas.

Nous comprenons que cette attribution ait pu prêter à confusion et nous tenons à le corriger. Il est essentiel de rappeler que le respect des conditions relève des services correctionnels qui assurent une surveillance serrée de la personne contrevenante. Les organismes communautaires collaborent étroitement et agissent de manière complémentaire et concertée. Cette collaboration est fondamentale pour assurer un éventail d’option à considérer et pour que la Commission puisse rendre une décision en proposant le meilleur accompagnement de la personne judiciarisée. Celui-ci est alors le plus rigoureux, individualisé et sécuritaire tant pour les personnes en réinsertion que pour la société en général.

Dans le cadre de la Semaine de la réhabilitation sociale, il nous semblait d’autant plus important de valoriser cette contribution dans un contexte marqué par une précarité financière croissante du réseau communautaire et des services spécialisés. La diversité et la pérennité de ces ressources, qui repose majoritairement sur le financement public, est indispensable à la sécurité publique et au travail de la CQLC.

 

 

13 octobre 2025

Anne-Ophélie Robillard, directrice générale de l’ASRSQ
Et 36 autres signataires

Cette lettre a été publié dans Le Devoir le 14 octobre 2025.

 

À l’occasion de la Semaine nationale de la réhabilitation sociale, les organismes communautaires et les travailleurs et travailleuses du milieu demandent que leurs efforts soient reconnus, soutenus et valorisés. Ils jouent un rôle incontournable grâce à leur suivi constant avec les personnes judiciarisées, leur expertise terrain et leur proximité avec la communauté, constituant un pilier essentiel pour bâtir une société plus sécuritaire et équitable.

Depuis plusieurs mois, de nombreux organismes doivent pallier les compressions budgétaires pour assurer la qualité et la quantité de services nécessaires pour transformer des vies et protéger celles des autres. En moyenne, ils doivent assumer de leurs poches un sous-financement de 20 % pour les coûts liés à l’hébergement des personnes judiciarisées, et jusqu’à 40 % des coûts pour garantir que toutes les mesures de sécurité restent en place : autant dire que le gouvernement coûte cher au communautaire. Et on parle d’organismes qui utilisent déjà leurs ressources au compte-goutte.

Les besoins demeurent et il faut continuer d’y répondre dans un contexte d’augmentation inflationniste. Cependant, une gestion purement comptable du gouvernement québécois semble privilégier des économies rapides au détriment d’une vision de société fondée sur la sécurité collective et l’humanité.

Il est prouvé que les mesures de surveillance et d’accompagnement dans la communauté favorisent la sécurité publique et l’économie, tout en soutenant la réintégration. Pour chaque dollar investi dans la réintégration sociale par l’emploi, le gouvernement rapporte 64 $ en retombées économiques et sociales. Il est aussi 73 % moins coûteux d’assurer l’encadrement d’un individu dans la collectivité qu’en incarcération. De plus, selon la Commission québécoise des libérations conditionnelles, plus de 97 % des personnes en libération conditionnelle suivies par des organismes ne récidivent pas (2018-2019). Et plus de 75 % des adultes judiciarisés réintègrent le marché du travail après seulement trois mois de suivi, ce qui diminue sensiblement le risque de récidive et génère des bénéfices nets pour la société.

Le Québec a bâti, au fil des années, des programmes novateurs et adaptés pour les personnes contrevenantes les plus vulnérables. On parle ici spécialement d’individus vivant avec des problèmes liés à la santé mentale, à des handicaps, au vieillissement ou à de l’exclusion sociale et culturelle. Québec doit réaffirmer son engagement envers l’inclusion et la réconciliation et préserver ces dispositifs spécialisés, ou nous risquons de renforcer les inégalités systémiques qui sont souvent à l’origine de la criminalité.

L’approche communautaire repose sur une vision globale de l’individu, car la diversité des parcours exige une diversité de réponses. Elle considère chaque personne dans toutes les dimensions de sa vie — sociale, économique, psychologique et relationnelle —, dans une approche humaine et pas uniforme. L’adaptation des services aux besoins spécifiques est celle qui, concrètement, permet une réinsertion durable et responsable : seuls des programmes adaptés permettent vraiment de réduire la récidive. Mais pour que ces résultats perdurent, il faut maintenir nos programmes et continuer d’offrir les bonnes ressources, au bon moment.

Grâce aux services spécialisés offerts par les organismes communautaires, de nombreuses personnes parviennent à se réinsérer avec succès dans la société — une réussite qui profite à l’ensemble de la population. Souvent stigmatisées, les personnes judiciarisées représentent pourtant une opportunité pour bâtir une société plus juste, inclusive et sécuritaire.

*Ont cosigné cette lettre : Alter Justice ; Association canadienne pour la santé mentale ; Aux Trois Mâts ; Centre d’hébergement L’Entre-Toit ; Centre d’intervention en dépendances Adrienne-Roy ; Centre d’intervention en violence et agressions sexuelles de la Montérégie (CIVAS) ; Centre d’intervention en délinquance sexuelle de Laval (CIDS) ; Centre de services de justice réparatrice ; Corporation Maison Charlemagne ; Corporation Maison Cross Roads ; CRC Arc-en-Soi ; CRC Curé-Labelle ; CRC d’Abitibi-Témiscamingue et du Nord du Québec ; CRC Joliette-Lanaudière ; CRC Maison Essor ; CRC Roberval ; Equitem ; L’Aumônerie communautaire de Montréal ; L’Orienthèque ; Centre d’intervention le Rond-Point (CIRP) ; le Répit du passant ; Les YMCA du Québec ; La Maison Painchaud ; La Société John Howard du Québec ; Maison de transition de Montréal ; Maison Radisson ; Mi-chemin de Gaspé ; Pavillon L’Essence Ciel ; Réhabex ; Résidence Carpe Diem ; Résidence Lafleur ; Services d’aide en prévention de la criminalité ; Société Elizabeth Fry du Québec ; Transition Centre-Sud ; Unité Domrémy de Baie-Comeau ; Via travail.